Adossée au cocotier


Loin, très loin d'ici, sous l'équateur, dans la moiteur étouffante,
Dans la torpeur caressante d'une Afrique cruelle et souffrante,
Pansant les plaies infectées et mal soignées d'une guerre civile
Néo-coloniale, sanglante, dérisoire, injuste et inutile,

Sortant d'une enfance dorée, mêlant sangs noirs et blancs,
Métissant ses émotions.
Elle rêvait de poser pour des photos sur papier glacé.
Elle rêvait de célébrer la beauté formatée des adolescents égarés.

Quinze ans déjà, seize ans bientôt,
Elle rêvait de chanter des comédies musicales à la mode,
Elle rêvait d'être la Belle au Bois Dormant d'un Prince Charmant
Vu sur TV5, qui jaillirait de l' écran pour l'embrasser,
Pour l'extirper de cette existence au temps figé,
Temps ralenti qui nous fait rêver, nous, ici.

A l'Hôtel du golf, sur la plage de sable fin et doré,
Adossée à son cocotier,
Vivant dans ce dépliant touristique pour occidental surmené,
Vue imprenable sur la lagune d'Abidjan,
Elle s'ennuyait, se morfondait,
Egrennant son capital temps adolescent.

Elle a planté son regard dans l'objectif et j'ai appuyé
Sur le déclencheur qui arrête tout, instant figé.

© Tsunami 05/2002


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